500 Ans de Résistance Indigène

500 ANS DE RÉSISTANCE INDIGÈNE

- tiré de Oh-Toh-Kin, vol.1 no 1, hiver/printemps 1992

Cet article est un bref historique de la colonisation des Amériques depuis 1492 et de la résistance indigène à cette colonisation jusqu'à 1992. L'auteur admet ne pas comprendre totalement les traditions de son peuple, les kwakiutl. En ce sens, l'article souffre de l'absence d'une authentique philosophie indigène et se présente donc surtout sous forme de chronologie historique.

Les chiffres entre parenthèses réfèrent à des notes de fin de document.


INTRODUCTION

Au cours de l'année 1992, les nombreux États qui ont su tirer profit de la colonisation des Amériques seront marqués par des célébrations grandioses de la << Découverte de l'Amérique >>. L'Espagne a dépensé des millions de dollars pour ces célébrations en conjonction avec Expo '92 à Séville. A Colombus, en Ohio, on a investi 100 million $ dans les fêtes du cinquième centenaire pour le divertissement des quelques millions de touristes. Le CELAM, l'Association des Évêques Catholiques d'Amérique du Sud, a organisé un rassemblement pour la célébration du << cinquième centenaire de l'évangélisation des Amériques >> qui sera présidée par le pape. Il y a aussi une multitude d'expositions dans les musées, de films, de programmes télévisés, de livres, de produits et d'activités portant sur Colomb et la << Découverte >>. Tous présentent une interprétation des 500 années écoulées depuis 1492. L'idée principale de cette interprétation est que le processus de colonisation - un processus de génocide - fut après tout, malgré quelques << embûches >>, un processus mutuellement profitable. << L'ampleur >> des religions et des cultures européennes a été portée au-devant des indigènes. Ceux-ci ont, en retour, partagé les terres et après coup, ont fait << accidentellement >> connaissance avec les maladies européennes desquelles ils sont morts. Leurs descendants s'entassent aujourd'hui dans les ghettos des villes et deviennent alcooliques ou profitent de l'assistance sociale. Bien sûr, quelques vestiges de la culture indienne ont été sauvegardés. Il y a même quelques politiciens << professionnels >> de souche indienne qui rôdent toujours.

Ce n'était non pas une << Découverte >>, mais plutôt un holocauste des indiens d'Amérique!

Jusqu'à tout récemment, le taux de population généralement reconnu des indigènes à la veille de 1492 se situait autour de 10 à 15 millions. Ce chiffre est toujours reconnu par les individus et les groupes qui voient en 1492 la << Découverte >> au cours de laquelle quelques millions d'indiens seulement y ont laissé leur peau - la plupart à cause des maladies. Des données démographiques récentes dénombrent un taux de population indigène se situant entre 70 et 100 millions de personnes dont environ 10 millions en Amérique du Nord, 30 millions en Méso-Amérique et entre 50 et 70 millions en Amérique du Sud.

Aujourd'hui, malgré 500 ans d'une colonisation génocide, il existe toujours environ 40 millions de descendants indigènes en Amérique. Au Guatemala, les descendants Mayas forment 60.3% de la population et en Bolivie, les descendants indiens composent 70% de la population totale. Malgré cela, ces personnes indigènes n'ont aucun droit sur leurs propres terres et font partie de la tranche de la population la plus exploitée et la plus défavorisée. On retrouve ces mêmes caractéristiques dans d'autres populations indigènes des États colonisateurs de l'Amérique (et à travers le monde).

LE MONDE DE L'AVANT-COLOMB

<< Préhistorique >> ou << précolombienne >> est cette époque à laquelle réfèrent les spécialistes lorsqu'il est question de la période avant la colonisation européenne de l'Amérique. En ces temps-là, l'hémisphère ouest était un territoire densément peuplé. Un territoire avec ses peuples et ses modes de vie aussi diversifiés que n'importe quels autres territoires dans le monde.

Le territoire ne fut pas nommé << Amérique >> par ces peuples. S'il y eût référence au territoire en tant que tel, ce fut en tant qu'Îon;le de la Tortue, Cuscatlan ou bien Abya-Yala.

Les Premières Nations occupaient toutes les régions des Amériques. Ils vivaient selon la diversité du territoire et développaient des habitudes culturelles en relation avec leur environnement. Leur population atteignait de 70 à 100 millions d'individus avant la colonisation européenne.

De façon générale, les centaines de nations différentes se regroupaient dans les mêmes régions géographiques. Dans ces régions, la standardisation des cultures est en fait une évolution naturelle des gens qui se bâtissent des modes de vie en fonction du territoire. Ainsi, de fréquentes interactions et interrelations existaient entre les individus de ces régions. Ils se reconnaissaient tous l'un et l'autre en tant que nation.

Dans les régions arctiques habitaient (et habitent toujours) les Inuit et les Aléoutiens. Leurs modes de vie tournaient autour de la chasse aux mammifères marins (bélugas, morses, etc.) et aux caribous à laquelle on ajoute la pêche et les échanges avec les gens du sud.

Au sud de l'arctique, dans la région sub-arctique aujourd'hui nommée Alaska, Territoires du Nord-Ouest et les régions du nord des provinces canadiennes, demeuraient des gens vivant de chasse et de pêche. Le paysage de la région possédait une grande diversité passant de la vaste toundra à la forêt, aux lacs, aux rivières et aux ruisseaux. Les Cris, les Chipewuans, les Kaskas, les Chilcotins, les Ingalik les Beothuk et beaucoup d'autres nations habitaient (et habitent) cette région. Ils chassaient l'ours, le bouc et le chevreuil dans l'ouest, le boeuf musqué et le caribou plus au nord, ou le bison dans les prairies plus au sud.

Dans les régions de l'arctique et du sub-arctique réunis vivaient probablement près de 100 000 personnes.

Le long du nord-ouest des côtes du Pacifique, des côtes de l'Alaska et de la Colombie-Britannique jusqu'au nord de la Californie, vivaient (et vivent toujours) les Tlingites, les Haïdas, les Tsimshians, les Kwa-Kwa-Ka'wakw, les Nuu-chah-nulth, les Nuxalk, les Salish, les Yurok et plusieurs autres. Ces peuples ont développé un mode de vie dont l'activité principale était la pêche. On a dénombré quatre millions d'individus dans cette région.

Entre les montagnes de la chaîne côtière du Pacifique et les plaines centrales dans ce qui est aujourd'hui connu comme le sud de la Colombie-Britannique, les états de Washington, de l'Oregon, de l'Idaho et du Montana vivaient (et vivent) les Sahaptins (Nez percés), les Chopunnish, les Shoshones, les Siksikas (Pieds Noirs) et plusieurs autres. On pouvait compter environ 200 000 individus.

A l'est, vivaient les peuples de la plaine. Ils occupaient une vaste région bordée au sud par le Texas, au nord par les régions du sud de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, à l'est par le Dakota du Nord et du Sud, le Minnesota, le Wisconsin, le Missouri, et le Arkansas. Dans cette région, les Lakotas (Sioux), les Cheyennes, les Arapahos, les Cris des plaines, les Siksikas (de la confédération des Pieds Noirs en compagnie des Bloods et des Peigans), les Crows, les Kiowas, les Shoshones, les Mandans et plusieurs autres formaient une population d'un million de personnes. On dénombrait aussi environ 80 millions de bisons avant leur massacre par les Européens.

Plus à l'est, dans la région qui s'étend des Grands Lacs aux côtes de l'Atlantique, des peuples vivaient (vivent) de la chasse, de la pêche et de l'agriculture. On y retrouvait les Kanienkehake (Mohawks), les Oneidas, les Onondagas, les Cayuga, les Senecas (ces cinq dernières nations formaient les Haudenosaunee - le Peuple de la Maison Longue (People of the Longhouse)aussi connus en tant que confédération des Iroquois), les Ojibways, les Algonquins, les Micmacs, les Wendats (Hurons), les Potowatomis, les Tuscarora et plusieurs autres. Dans ces régions boisées qui s'étendent de l'Ontario, du Québec et de l'état de New York jusqu'aux Carolines vivaient jusqu'à deux millions d'individus.

Au sud de cette région, d'une partie des Virginies jusqu'à la Floride et à l'ouest du Golfe du Mexique incluant le Mississippi et la Louisiane vivaient (vivent) les Muskogees - parlant Choctaw, Creek et Chikasaw, les Cherokees, les Natchez, les Tonkawas, les Atakapas et plusieurs autres. Une des régions les plus fertiles au monde où l'agriculture est monnaie courante et complétée par la chasse et la pêche. On pouvait compter entre deux et trois millions d'habitants.

A l'est de cette région, au sud-ouest des États-Unis, au nord du Mexique et en Californie habitaient (habitent) des peuples agraires et nomades. Ce sont les Pueblos, les Hopis, les Zunis, les Hualapaïs parlant le Yumun, les Mojaves, les Yumas et les Cocopas. Les Pimas et les Papagos parlant uto-aztèque et les Athapascans font parti des peuples Navajos (Dines) et Apaches. Réunis, ces peuples pouvaient compter deux millions d'individus.

Dans la région méso-américaine comprenant le Mexique, le Guatemala et Belize, de nombreux peuples vivaient (vivent) d'agriculture dont l'aliment principal était le maïs. Ces peuples sont les Aztèques, les Texacocos, les Tlacopans et les Mayas - dans la péninsule du Yucatân. Ils ont érigé de grandes cités avec des bâtiments et des pyramides de pierres et de briques et construit de vastes réseaux agraires de dérivation d'eau impliquant des digues et des canaux. Les langues écrites étaient publiées dans des livres et on s'adonnait à l'étude de l'astronomie et des mathématiques. Un calendrier plus précis que ceux existant en Europe au XVe siècle fut mis au point. Au total, ces peuples comptaient environ 30 à 40 millions d'individus.

Dans le bassin des Caraïbes incluant les régions côtières de la Colombie, du Venezuela, du Costa Rica, du Honduras et plusieurs petites îles telles que Cuba, Hispaniola, Puerto Rico, etc. vivaient des peuples agraires pratiquant la chasse et la pêche tels que les Caribes, les Arawaks, les Waraos, les Yukpas, les Paujanos et d'autres. Au total, ils étaient environ cinq millions.

Dans toute l'Amérique du sud, il y avait entre 40 et 50 millions d'individus.

Dans les hautes terres des Andes au Pérou et au Chili, habitaient (habitent) les peuples Incas constitués des Quechuas et des Aymaras. Dans le sud du Chili, on retrouvait (retrouve) les Mapuches et dans les basses terres - incluant la région de l'Amazone, les Yanomamis, les Gavioe, les Txukahame, les Kreens, les Akarore et plusieurs autres. Au sud de la région amazonienne, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay, vivaient (vivent) les Ayoreos, les Ache, les Matacos, les Guaranis et plusieurs autres. Dans les régions les plus au sud, on retrouvaient (retrouvent) les Qawasgars, les Selk'nams, les Onus et d'autres.

Sauf quelques exceptions, les Premières Nations formaient des 'sociétés communautaires sans classes avec de fortes tendances matrilinéaires. Le domaine politique chez les Indigènes n'était pas dominé par les hommes, mais était dans plusieurs cas la responsabilité de la femme. Les Anciens occupaient une place d'importance et d'honneur en raison de leur sagesse. II n'y avait aucune prison. Les Premières Nations ont créé de bons moyens pour résoudre les problèmes dans la communauté et - au dire des Anciens - on y observait peu de crime antisociaux. Les décisions politiques n'étaient souvent rendues qu'après consensus et discussions entre les habitants.

Les Premières Nations n'étaient toutefois pas parfaites. Elles étaient humains et donc elles avaient, et ont toujours, des inconsistances et des pratiques loin d'être positives.

A titre d'exemples, citons les conflits armés entre les nations, dans toute l'Amérique. Ainsi que les pratiques d'esclavage entre les habitants de la côte nord-ouest du Pacifique et dans les régions méso-américaines. Toutefois, les façons de faire la guerre ici ont reflété des développements similaires à travers le monde et en aucun cas n'ont approché les méthodes de génocide inventées, en particulier en Europe. La guerre n'était qu'une pratique explicite des peuples guerriers. Le prétexte de l'esclavage, même si il est non justifiable, diffère nettement de celui des Européens qui n'est ni basé sur le racisme ni sur une caractéristique fondamentale qui forme les bases de l'économie de ces sociétés.

L'Histoire des Premières Nations doit toujours s'analyser de façon critique. Ceux qui nous racontent cette Histoire n'ont souvent aucune trace de sang Indigène.

LE DÉBUT DU GÉNOCIDE

<< La cupidité nourrissait leur corps et leur appétit était vorace >>
- témoignage Aztèque

Le 12 octobre 1492, naviguant à bord de la Santa Maria, financée par la couronne espagnole, Cristoforo Colombo mis pied à terre sur l'île de Guanahani (probablement le San Salvador), dans la région des Caraïbes. Initialement à la recherche d'une nouvelle route d'échange vers les marchés asiatiques, Colombo a découvert bien malgré lui un marché qui sera manifestement plus lucratif que la découverte d'une nouvelle route d'échange, pour l'Europe du moins.

Sur l'île de Guanahani, Colombo trouva pour la première fois sur son chemin les Taino Arawaks qu'il nomma << Indiens >> croyant avoir atteint les Indes. Dès cette première rencontre, le journal de bord de Colombo témoigne de sa propre cupidité:

<< N'avions nous pas terminé les formalités de la prise de possession de l'île que des individus ont commencé à s'amener sur la plage... Ils sont amicaux et calmes. Ils ne portent aucune arme sauf de petites lances.

Ils devraient faire de bons et d'habiles serviteurs... Je crois qu'ils peuvent être facilement christianisés, car ils ne semblen posséder aucune religion. S'il plaît à notre Seigneur, j'amènerai, à mon départ, six d'entre eux devant Vos Altesses. >>

(du journal de bord de Colombo, le 12 octobre 1492)[1].

N'ayant qu'une parole, à défaut d'autre chose, Colombo enleva 9 Taino lors de son voyage dans les Bahamas. Il anticipait même plus d'enlèvement et d'asservissements:
<< ... ces individus sont peu habiles au maniement des armes. Vos Altesses le verront d'eux-mêmes quand je vous amènerai les sept que j'ai capturés. Lors qu'ils auront appris nos langues je les ramènerai ici à moins que Vos Altesses ordonnent que toute la population soit détenue à la Castille ou tenue captive ici. Avec 50 hommes, vous pourriez en faire tous vos sujets et leur ordonner de faire ce que bon vous semble >> (du journal de bord de Colombo, le 14 octobre 1492)[2].
Tout au long du journal de bord de Colombo lors de ce premier voyage, il y a une référence constante à la notion que les Taino croyaient que les Européens descendaient du ciel malgré le fait que ni Colombo ou ses hommes ne comprenaient l'Arawak. Une autre constante dans le journal de Colombo fait référence à l'obsession pour l'or. On y retrouve 16 références dans les deux premières semaines seulement, 13 dans le mois suivant et 46 dans les cinq semaines suivantes, malgré le fait que Colombo n'ait trouvé que très peu d'or autant sur l'île de Guanahani qu'à n'importe quel endroit où il a mis le pied.

Dans une dernière référence au journal de bord de Colombo, on y découvre la double mission de Colombo:

<< ... Vos Altesses devraient en faire des chrétiens (les Taino). Je crois que si cet effort commence, une multitude d'individus seront très bientôt converti à notre Foi et l'Espagne acquerra de grands domaines, de grandes richesses et tous les villages. Sans l'ombre d'un doute, il y a une très grande quantité d'or dans ces terres... Il y a aussi des perles, des pierres précieuses et une quantité infinie d'épices >> (du journal de bord de Colombo, le 11 novembre 1492) [3].
La dualité de la mission de Colombo et des invasions européennes subséquentes était la christianisation des non-Européens et l'appropriation de leurs terres. Ces buts ne sont pas distincts l'un de l'autre. La << christianisation >> n'était pas simplement un programme d'endoctrinement religieux Européen, c'était une attaque contre la culture non-Européenne (barrière à la colonisation) et une forme de guerre légalement et moralement sanctionnée pour la conquête. << Même son nom était une prophétie face au monde qu'il a découvert Christophe Colomb se traduit par "le colonisateur porteur du Christ" >>[4]. Toujours lors de son premier voyage, il erra dans les Caraïbes avant d'établir le premier poste espagnol, Natividad, sur l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti et la République Dominicaine). Laissant environ 35 hommes sur Hispaniola, Colombo et son équipage sont rentré en Espagne afin de rassembler le matériel et les hommes nécessaires Ñlonisation prochaine et pour rapporter leur voyage à la Couronne.

En septembre 1493, Colombo retourna à Hispaniola avec une flotte de 17 navires et de 1200 hommes. Le détachement qui est demeuré sur Hispaniola fut détruit suite au soulèvement des Taino contre les Espagnols. La résistance avait déjà fait débutée.

Colombo aura fait quatre voyage an tout dont les deux derniers en 1498 et en 1502. Ses voyages dans les Caraïbes l'auront mené dans des endroits aujourd'hui connus comme Trinidad, Panama, Jamaïque, Venezuela, Dominique et plusieurs autres îles. Il y captura des indigènes pour en faire des esclaves et leur fit extraire l'or à coup de quota de grosses marmites pleines de poussière d'or qui doivent être ramassées par tous les indigènes de 14 ans et plus à tous les trois mois. Le non-respect du quota exposait le "coupable" à se faire trancher les mains. Ensuite on le laissait mourir à bout de son sang. Des centaines de Caribes et d'Arawaks ont été envoyés en Espagne en tant qu'esclaves sous la gouverne de Colombo, 500 de plus après son second voyage seulement. En fait, l'absence de << grandes quantités d'or >> dans les Caraïbes le força à trouver un autre mode de financement pour la colonisation: << Les Caribes, sauvages et cannibales, serait échangés en tant qu'esclaves contre des vivres fournis par des marchants en Espagne. >>

Colombo mourut en 1506, mais à la suite de son voyage initial en Amérique, plusieurs vagues d'expéditions espagnoles, portugaises, hollandaises, françaises et britanniques ont suivi transportant des conquistadores, des mercenaires, des marchants et des missionnaires catholiques.

Hispaniola a servi de première tête de pont aux Espagnols. Elle servait de relais de ravitaillement pour les incursions armées et les missions de reconnaissance justifiées à travers le programme de christianisation. Un an après le premier voyage de Colombo, le pape Alexandre VI dans sa bulle papale inter cetera divina a accordé à l'Espagne tout le monde n'étant pas déjà possédé par les États chrétiens sauf la région du Brésil qui fut octroyée au Portugal.

Pendant que les Espagnols établissaient les fondations de leur plan de colonisation, les autres nations européennes ont commencé leurs propres expéditions.

En 1497, Giovanni Caboto Motecataluna (Jean Cabot), financé par l'Angleterre, traversa l'Atlantique et longea les côtes Atlantiques de l'Amérique du Nord. Sous les ordres d'Henri VII de << conquérir, occuper et posséder >> les terres des << païens et des infidèles >>, Cabot a fait la reconnaissance des côtes de Terre-Neuve enlevant trois Micmacs du même coup.

Vers la même période, Gaspar Corte Real, financé par le Portugal, a fait la reconnaissance des côtes du Labrador et de Terre Neuve enlevant du même coup 57 Béothuks qui seront vendus comme esclaves afin de rentabiliser le coût de l'expédition.

Pendant ce temps, Amerigo Vespucci, de qui on nomma l'Amérique, et Alonso de Ojedo en différentes missions pour l'Espagne, ont fait la reconnaissance des Antilles et des côtes Pacifiques de l'Amérique du Sud. Ojedo exécutait activement des raids à la recherche d'esclaves. Dans ses efforts, il trouva la mort lorsque atteint par la flèche empoisonnée d'un guerrier.

De la bulle papale de 1493 et du subséquent Traité de Tordesillas (1494), la possession du Brésil fut accordée au Portugal. En 1500, l'amiral portugais Pedro Alvares Cabral pris formellement possession du territoire brésilien au nom de la Couronne portugaise.

Maintenant que les missions de reconnaissances sont complétées, l'invasion s'est intensifié et a pris de l'expansion. En 1513, Ponce de Leon, financé par l'Espagne, a tenté de mettre pied à terre en Floride, mais il fut repoussé par 80 embarcations de guerre Calusa.

De 1517 à 1521, le conquistador espagnol, Hernando Cortes a réduit à néant l'empire Aztèque au Mexique. Il a pris possession de la cité de Tenochtitlan et a tué des millions de personnes lors d'une sanglante ruée vers l'or.

Peu après, en 1524, Pedro de Alvarado a conduit une invasion de la région de EI Salvador. II a attaqué les Cuscatlans, les Pipeles, et les Quiches. Au Guatemala, Alvarado a mené huit campagnes majeures contre les Mayas. Pendant que lui et ses hommes brûlaient des gens vivants, les prêtres catholiques qui l'accompagnaient s'occupaient de détruire les documents historiques des Mayas (cela s'il n'étaient pas occupés eux-mêmes à diriger les massacres). Les hommes d'Alvarado, en guise de récompense, pourront faire des survivants leurs esclaves.

En 1531, l'Espagnol Francisco Pizarro a envahi la région occupée par les Incas (aujourd'hui le Pérou). Il pris avantage d'une dispute interne entre deux factions incas menées par les frères Huascar et Atahualpa. Pizarro a réussi à venir à bout des Incas en deux ans.

Dix ans plus tard, Pedro de Valdivia pris possession du Chili au nom de la Couronne espagnole malgré une résistance féroce de la part de la nation Mapuche qui a restreint les Espagnols aux régions du nord et du centre. Valdivia fut éventuellement tué au combat par des guerriers Mapuche.

Au cour de la même période, Jacques Cartier, pour le compte de la France, fit la reconnaissance en 1534 des régions de l'est (devenu aujourd'hui le Canada) et des Espagnols comme Hernando de Sotos, Marcos de Niza et plusieurs autres ont commencé leur pénétration en Amérique du Nord prenant possession du territoire au nom de leur pays, comme c'est la coutume.

EXPANSION, EXPLOITATION ET EXTERMINATION

<< Je me nomme Variole... Je viens de très loin... où se trouve la grande mer et plus loin au-delà d'elle. Je suis un ami des Grands Couteaux qui m'ont amené; ils sont mon peuple >>
- Jamake Highwater, Anpao: une odyssée indienne
Les premières années de la colonisation étaient dirigées au maximum vers l'exploitation des terres et des indigènes. Aux yeux des Européens, les Amériques étaient de vastes régions vierges qui convenaient à l'expansion et l'exploitation économique.

L'activité principale était l'accumulation d'or et d'argent pour former de la monnaie pour les nations européennes. Cette accumulation était accomplie sous la forme la plus barbare de vols et de pillages (les méthodes employées par Colombo et Cortes). Plus tard, des méthodes plus systématiques furent développées y compris l'encomiendas - une forme de taxe imposée aux indigènes assujettis- et l'utilisation d'esclaves indigènes pour tamiser les rivières et les cours d'eau. Au milieu des années 1500, l'exploitation de l'or et de l'argent impliqua des travaux miniers intensifs. Des villes entières se sont développées autour des chantiers miniers. Des millions d'indigènes ont trouvé la mort en travaillant comme esclaves dans les mines de Guanajuato et Zacatecas au Mexique et de Potosi en Bolivie. Vers la fin des années 1500, Potosi était l'une des plus grandes villes du monde avec ses 350 000 habitants. Le Pérou contenait également de nombreux chantiers miniers. De l'arrivée des premiers colonisateurs européens jusqu'en 1650, de 180 à 200 tonnes d'or - provenant de l'Amérique - se sont retrouvées dans les coffres du trésor européen. Aujourd'hui, tout cet or vaudrait 2.8 milliards de dollars[5]. À la même époque, huit millions d'esclaves sont morts dans les mines de Potosi seulement.

L'esclavage était une autre activité économique majeure, non seulement pour le travail dans les mines, mais aussi pour l'exportation vers l'Europe. Au Nicaragua seulement, les premiers dix ans d'esclavage intensif qui débutèrent en 1525 ont vu environ 425 000 Miskitus et Sumus envoyés en Europe. Des dizaines de milliers d'esclaves ont péri dans les navires qui les transportaient. Au milieu des années 1500, les échanges d'esclaves passeront par l'Afrique alors que les colonisateurs portugais ont déporté des esclaves africains vers le Brésil afin de couper la canne à sucre et de défricher la forêt pour construire des villages et des églises. On estime qu'environ 15 millions d'esclaves africains ont été déportés en Amérique jusqu'en 1800. Environ 40 millions d'autres esclaves africains ont péri lors de la traversée de l'Atlantique en raison des misérables conditions des navires.

Dans des régions telles que les hautes terres du Chili, du Pérou, du Guatemala et du Mexique, là où le climat était propice, les Espagnols ont pu faire pousser des produits agricoles tels que le blé, le chou-fleur, le chou, la laitue, les radis, la canne à sucre et un peu plus tard, des raisins, des bananes et du café. Vers le milieu des années 1500, plusieurs de ces produits agricoles (surtout le blé et la canne à sucre), grâce à la main d'oeuvre esclave, étaient exportés en grande quantité vers les marchés européens.

Dans d'autres régions, des troupeaux de bétail affalé se sont établis. Les troupeaux qui ont rarement excédé 800 ou 1000 têtes de bétail en Espagne atteignent 8000 au Mexique. Dès 1579, quelques ranches du nord du Mexique possédaient jusqu'à 150 000 têtes de bétail [6].

Les effets du défrichage intensif du territoire pour faire place à l'agriculture et aux ranches et l'exploitation intensive des mines ont fini par causer une augmentation de la déforestation et des dommages aux territoires. Encore plus immédiat pour les peuples indigènes de ces régions, en particulier ceux qui vivaient de l'agriculture de subsistance, était le démantèlement et la destruction des moyens agraires remplacés par les produits agricoles d'exportation.

Dans le but d'accroître cette expansion et cette exploitation, soumettre les Premières Nations s'avèrent une nécessité, et la tâche de coloniser d'autres peuples en était une dans laquelle les européens étaient passés maîtres.

<< D'une certaine manière, les premiers peuples colonisés pour le profit par le moyen du travail... était des paysans européens et britanniques. L'Irlande, la Bohème, la Catalogne furent colonisés. Le peuple Mores, aussi bien que le peuple judaïque séfarade, fut déporté physiquement par la Couronne de Castille de la péninsule Ibérique... Toutes les méthodes utilisées pour la déportation et l'expropriation furent pratiquées sinon perfectionnées >>[7].
Avant le voyage de Colombo en 1492, le développement d'un mode de production capitaliste ressortant du féodalisme a dépossédé les paysans européens d'une production et d'une agriculture de subsistance indépendante. Conséquemment, ils n'ont eu d'autre choix que d'entrer dans une relation de dépendance forcée vis-à-vis les propriétaires de terres et les manufacturiers, menant ainsi à une guerre de classe sociale, particulièrement lorsque la Révolution Industrielle (nourrie par l'expropriation des matériaux des Amériques et de l'Afrique) pris de l'ampleur.

De fait, la majorité des Européens émigrant vers l'Amérique au XVle, au XVlle et au XVllle siècle étaient des marchants appauvris, des petit-bourgeois commerçants, des mercenaires et des missionnaires chrétiens. Tous souhaitaient se bâtir une nouvelle fortune dans le << Nouveau Monde >> et échapper à l'écart qui s'amplifiait entre les classes sociales. Toutefois, les premières colonies permanentes étaient limitées dans leur capacité. Leur but premier consistait à faciliter et maintenir des régions d'exploitation. Pendant tout le XVle siècle, on estimait à seulement 100 000 le nombre d'émigrants européens en Amérique.

Leurs effets furent toutefois incroyables. Au cours de la même période de 100 ans, les populations indigènes sont passées de 70 100 millions à près de 12 millions. La nation Aztèque à elle seule a passé de 30 à 3 millions en 50 ans seulement. Le seul mot qui pourrait décrire une telle décimation est génocide: l'holocauste des Amérindiens.

Ceux qui excusent le génocide attribuent la majorité des morts à l'introduction de maladies épidémiques comme la variole et la rougeole par des Européens ignorants.

Pendant qu'on tente de diminuer la grandeur et l'intensité du génocide (d'autres opinions sur cette diminution prétendent que la population des Amériques était beaucoup moins nombreuse que laisse croire les chiffres démographiques généralement reconnus), une telle perspective ne tient pas compte des conditions dans lesquelles ces maladies ont débarqué en Amérique. Des conditions telles que les guerres, les massacres, l'esclavage, la destruction du territoire et la destruction subséquente de l'agriculture de subsistance et des réserves de nourriture ainsi que la famine et la malnutrition qui s'en suivent et le démembrement des cultures communautaires.

Ces conditions n'ont pas été introduites par des Européens ignorants. Elles faisaient partie intégrante d'une campagne préméditée basée sur l'exploitation où l'extermination des peuples indigènes était un facteur crucial.

Les maladies européennes ainsi introduites dans ces conditions sont arrivées en tant qu'effets secondaires aux attaques. Leurs effets furent désastreux. Une fois qu'on eut réalisé les effets des épidémies, on planifia une guerre biologique sous la forme de draps infestés et d'autres tissus distribués aux peuples indigènes.

LA PÉNÉTRATION DE L'AMÉRIQUE DU NORD

Pendant que les Espagnols détruisaient les Caraïbes et le MésoAmérique, les Portugais affligeaient le Brésil du même traitement. Les façons de faire établies par les Espagnols auront été répétées par les Portugais au XVle et au XVlle siècle au Brésil, en Uruguay et au Paraguay.

Jusqu'au début du XVlle siècle, les Espagnols et les Portugais ont pratiquement occupé toutes les régions de l'hémisphère sud. Ils ont construit de nombreuses colonies facilitées par l'apport des missionnaires jésuites et franciscains, des mines, des ranches, et des plantations. Malgré tous ces faits, il existait de vastes régions pour lesquelles les prétentions européennes pour ces terres demeuraient théoriques. Ces régions sont demeurées hors de l'emprise européenne grâce à l'acharnement de la résistance indigène, surtout dans les régions du sud.

Durant cette époque, les Français, les Hollandais et les Britanniques ont aussi établi des colonies dans les Caraïbes.

En 1604, les Français ont occupé l'île de la Guadeloupe et ensuite la Martinique et de nombreuses petites îles des Antilles. En 1635, ils ont occupé ce qu'on appelle aujourd'hui la Guyane Française.

Ailleurs, les Hollandais occupèrent une région côtière qui allait devenir le Surinam (Guyane Hollandaise) et d'autres colonies ont été établies par la Compagnie Hollandaise des Antilles dans la région de Belize (qui deviendra plus tard une colonie britannique).

Les Hollandais, les Français et les Britanniques étaient passablement limités quant à l'exploitation de l'Amérique du Sud. Ils dirigeront donc leurs efforts vers l'Amérique du Nord.

Tel que mentionné plus tôt, les expéditions françaises ont pénétré, dans les années 1530, les régions du nord-est qui deviendront plus tard le Québec et les provinces de l'Atlantique. En 1562 et 1564, les Français ont tenté de s'établir en Caroline du Sud et en Floride, mais furent repoussés par les Espagnols (qui ont réclamé la Floride lors de la périlleuse expédition de Soto en 1539).

En 1585 et en 1586, les Britanniques ont tenté en vain d'établir une colonie sur l'île Roanoke en Caroline du Nord. Les colons étant incapables de survivre.

Jusqu'en 1600, plusieurs missions de reconnaissance furent lancées. En 1576, Martin Frobisher longea les côtes arctiques et rencontra les Inuit. En 1578, Francis Drake, longea les côtes de la Californie.

Ailleurs, les Espagnols étendaient leur territoire en Amérique du Nord depuis leurs bases dans le sud du Mexique. Ils ont fait face à la résistance des Pueblos et d'autres.

Au début des années 1600, pendant que les Espagnols s'emparent du sud-ouest se dirigeant vers les plaines, Samuel de Champlain va étendre les explorations précédentes de Cartier. Ils y ira aussi loin vers l'ouest que le lac Huron et le lac Ontario. Ses attaques contre la communauté Onondago, avec l'aide de guerriers Wendat (Hurons), tourneront les Haudenosaunee contre les Français.

En 1606, les Britanniques ont finalement réussi à établir leur première colonie permanente en Amérique du Nord à Jamestown en Virginie. En 1620, les Pèlerins (Puritains britanniques) ont aussi posé le pied sur la côte est établissant une colonie à Plymouth.

Ailleurs, les Béothuks de Terre-Neuve se sont ralliés contre les attaques des Français dans des conflits qui ont tué 37 colons français. Les Français ont répondu en armant les Micmacs - ennemis traditionnels des Béothuks - et en offrant des récompenses contre des scalps béothuks. On croit que l'origine des scalps des guerriers indigènes provient de cet événement. Le stéréotype de la sauvagerie des indigènes était en fait introduit par les Français et, plus tard, par les Hollandais. Les attaques combinés des Français et des Micmacs ont mené à l'éventuelle extermination du peuple Béothuk.

En 1624, les Hollandais ont construit Fort Orange (qui deviendra plus tard Albany, New York) et ont nommé la région New Netherland.

Pendant que les colonies britanniques, françaises et hollandaises occupaient de plus en plus de place sur les côtes atlantiques de l'Amérique du Nord, des différences substantielles sur le territoire et dans les ressources ont forcés le régime d'exploitation à se mettre à jour par rapport au processus de colonisation déjà en cours en Méso-Amérique et en Amérique du Sud.

Au sud, l'expropriation en masse de l'or et de l'argent a servi à financer la plupart des invasions. Aussi, les populations denses d'indigènes ont fourni une énorme part "d'ouvriers-esclaves" pour travailler dans les premières mines et les plantations.

En contrepartie, les Européens qui ont colonisé l'Amérique du Nord sont tombés sur une population indigène beaucoup moins dense. Le territoire, malgré sa fertilité agricole et l'abondance des animaux à fourrure, n'était pas généreux en métaux précieux accessibles à la technologie du XVlle siècle.

L'exploitation de l'Amérique du Nord requerra des années de travail pour lequel on ne pourra compter sur les esclaves indigènes et africains, mais la participation des Indigènes est toutefois requise. Pour que les colonies survivent à des milliers de miles de l'Europe sans l'or qui a financé l'armada espagnole, les forces coloniales en Amérique du Nord devront se tourner vers l'accumulation graduelle de produits de la terre et la traite des fourrures.

De cette façon, les premières colonies ont dû surtout compter sur l'hospitalité des peuples indigènes. Les tentatives précédentes d'établir des colonies européennes ont échoué pour cette raison particulière, car les Européens s'attaquaient à une terre étrangère dont ils ne connaissaient rien.

Les colonies européennes grandissantes ont rapidement entrepris l'acquisition de terres déjà défrichées et cultivées et leur politique expansionniste les amènera à une violente confrontation avec les autres colonies. Cette compétition peu saine pour dominer le territoire et les échanges entraînera de fréquentes attaques contre la communauté indigène. Une de ces premières << attaques stratégiques >> eut lieu en 1622 lorsqu'une troupe de la colonie de Plymouth a massacré une tribu de Péquots. En revanche, des guerriers péquots ont attaqué le village colon de Wessagusset qui fut ensuite abandonné et plus tard pris sous la tutelle de la colonie de Plymouth. Ces derniers enviaient depuis toujours la terre et les échanges qu'exploitaient les colons de Wessagusset.

En 1630, la colonie de la baie du Massachusetts est établie et "New England" (Nouvelle-Angleterre), autrefois un vague environnement géographique, est maintenant une région bien à elle englobant New Plymouth, Salem, Nantucket, Rhode Island, Connecticut, New Haven et plusieurs autres.

L'expansionnisme des colons du Massachusetts consistait à massacrer, premièrement, les Péquots et par la suite les Narragansetts entre 1634 et 1648.

La dépendance européenne sur les Premières Nations commença à se renverser au cours de cette période. À mesure que les colonies européennes prenaient de l'expansion et construisaient, les nombreux contacts avec les Premières Nations ont intensifié les échanges ainsi que l'apparition des maladies épidémiques et des conflits.

Les échanges ont fini par semer la rupture parmi les peuples indigènes.

<< L'industrie indienne est devenue de moins en moins spécialisée et s'est divisée à mesure qu'elle s'est rapprochée de l'industrie européenne. Pour les indiens, le commerce inter-société a triomphé en mettant de côté et éventuellement éliminant les fabrications artisanales, sauf celles directement reliées aux échanges euroindiens. Les échanges inter-tribus n'a survécu que pour servir le commerce inter-société. >>[9].
Ainsi, les échanges avec l'Industrie européenne ont développé une relation de dépendance grandissante chez les colons européens. Les produits qu'on donnait en échange aux indigènes - marmites en métal, couteaux et de temps à autres, des fusils - provenaient de manufactures et de fournisseurs européens. Les échanges ont aussi dérangé et changé les modes de vie traditionnels des indigènes lors de l'avènement de l'alcool et des guerres sous forme d'extermination - avec torture - sous le commandement des colons ainsi qu'une escalade généralisée des guerres causées par la compétition qu'entraîne la traite des fourrures et par l'infiltration des fusils européens.

Les maladies épidémiques commençaient à faire leur ravage dans toute la région côtière de l'Atlantique, lorsque les colons se sont mis à exploiter et à exagérer grandement les hostilités déjà existantes parmi les Premières Nations tout comme l'on fait les Espagnols et les Portugais avant eux.

<< Les sinistres épopées de Cortes et de Pizarro, sans parler de Colomb lui-même, sont témoins des habiletés militaires des soldats espagnols, mais elles doivent aussi être comparées aux échecs de Narvaez, Coronado et de Soto... (Les Conquistadores) n'ont pu conquérir le Mexique et le Pérou sans aide. Des alliés indigènes se sont avérés indispensables... Au nord de la Nouvelle Espagne, les invasions ont débuté plus tard quand les Français, les Hollandais et les Britanniques ont trouvé des communautés indigènes... déjà décimées par des épidémies provenant de populations qui n'ont jamais été aussi nombreuses que celle du Mexique >>[10].
A ce moment, le concept d'adoption de traités fit son apparition, dans le but premier des colons anglais de respecter un seuil de paix avec les Premières Nations, en référence à 1606 quand
<< la Virginia Company de Londres a ordonné à ses colons d'acheter du maïs des `natifs' avant que les intentions de l'Angleterre de s'établir en permanence deviennent réalité. Les dirigeants de la Compagnie étaient convaincus que "vous ne devez pas trop leur en donner car ils se retourneront contre vous" >>[11].
Les premiers colons anglais (et hollandais) ont commencé à acheter des terres toujours accompagnés de forces armées contre les nations indigènes vulnérables (telles que celles décimées par les maladies ou celles déjà engagées dans des guerres contre des Premières Nations plus puissantes).

Il subsiste un doute quant à savoir si les Premières Nations comprenaient le procédé d'achat. Quelques points sont toutefois clairs: il n'y avait aucune pratique de propriété privée d'une partie de territoire, ni de vente de celle-ci parmi les peuples avant l'arrivée des colons. Il s'y produisait toutefois des ententes et des pactes entre les Premières Nations quant au droit d'accès à des endroits pour chasser et pécher. Ceci indique que les traités étaient certainement compris comme une entente entre les Premières Nations et les communautés coloniales quant à l'utilisation de certaines régions du territoire tout comme un pacte de non agression. Dans les deux cas, les Premières Nations sont demeurées assez puissantes pour prévenir les atrocités des premiers colons, pour lesquels les traités n'ont que peu d'effets, s'ils venaient qu'à manquer à leur parole. Les traités regorgeaient tellement de faussetés, de fraudes et de vols qu'ils ne pouvaient être considérés comme des engagements. Des pratiques telles que traduire oralement une version d'un traité et en signer une totalement différente sur papier étaient fréquentes, ainsi que n'écrire les propositions européennes dans les négociations et proclamer ensuite que ces propositions ont été acceptées par tous et chacun quand en fait, elles étaient en négociation. Aussi les violations de traités par les colons étaient choses communes, particulièrement quand, par exemple, la colonie de Virginie a découvert les profits qu'elle pouvait faire en faisant pousser du tabac (que les Premières Nations ont montré aux colons). Elle débuta alors son expansion à l'extérieur de ses limites territoriales.

Graduellement, les Premières Nations se sont vu dépossédées de leurs terres et furent victimes des ravages des colons. Un des premiers conflits qui a sérieusement menacés les forces colonialistes de se retrouver dans l'océan éclata en 1622 lors de l'attaque de la Confédération des Powhatans, menée par Opechancanough, contre la colonie de Jamestown. Des combats ont fait rage jusqu'en 1644, lors de la capture et de la mise à mort d'Opechancanough.

Au milieu des années 1600, les confrontations entre les Premières Nations et les colons ont commencé à s'intensifier. La tension grimpa au fur et à mesure que les Européens devenaient plus bornés et autoritaires dans leurs relations avec les Premières Nations. En 1655 par exemple, la prétendue "Peach Wars" (Guerres des Pêches) a éclatée entre les colons de New Netherlands et de la nation du Delaware quand un Hollandais a tué une femme Delaware parce qu'elle cueillait une pêche dans un arbre sur la propriété de la colonie. Le colon fut éventuellement tué et les guerriers Delaware ont attaqué plusieurs colonies hollandaises. La bataille sur les rives de la rivière Hudson dura jusqu'en 1664 lorsque les Hollandais ont forcé la nation Delaware à se rendre en se servant d'enfants Delaware comme otages.

Dès 1675, les Narragansetts, les Nipmucs et les Wapanoags, conduits en partie par Métacom (connu sous le nom de Roi Philippe par les Européens), se sont soulevé contre les colonies de la Nouvelle-Angleterre à la suite de l'arrestation et de l'exécution par les Anglais de trois Wapanoags reconnus coupables du meurtre d'un des leurs qui s'était converti au christianisme et qu'ils croyaient être un traître. La guerre pris fin en 1676 alors que les colons anglais, se servant de leurs alliés et informateurs indigènes, sont venus à bout de la rébellion. Métacom fut tué. Sa famille et plusieurs centaines d'autres furent vendus comme esclaves aux Antilles. La campagne militaire menée par les colons a décimé les nations Narragansett, Nipmuc et Wapanoag.

Ailleurs en 1680, le soulèvement des Pueblos, menés en partie par le guérisseur Tewa Pope, a réussi à sortir les Espagnols du Nouveau-Mexique. En 1689, les forces espagnoles ont pu finalement venir à bout des Pueblos.

Vers la fin des années 1600, les batailles entre les états européens dominèrent le processus de colonisation en Amérique du Nord.

HÉGÉMONIE: LE RÊVE EUROPÉEN

Les guerres coloniales furent, par le passé, disputées entre la France, l'Espagne, les Pays-Bas et l'Angleterre. Des conflits ont éclaté entre leurs colonies en Amérique. Dès la fin des années 1680 et pendant les 100 années qui ont suivi, on a connu une période de violentes confrontations entre les Européens pour la suprématie. Cette période de guerres européennes se jouera aussi en Amérique. << Jusqu'à un certain point, la bataille pour les colonies et la richesse dont on en tire profit était le champ de bataille par excellence pour l'accroissement du pouvoir d'un état européen. >>[12]

Débutant en 1689 avec la guerre du Roi William entre les Français et les Anglais, qui deviendra celle de la Reine Anne (1702 1713), en passant par celle du Roi Georges (1744 - 1748) et atteignant son point culminant entre 1754 et 1763 avec la << Guerre de Sept Ans >>, les batailles pour la possession de colonies en Amérique étaient le reflet de celles qui faisaient rages à travers l'Europe au cours de la même période. Toutefois, en Amérique du Nord et dans les Caraïbes, la lutte des Européens pour l'hégémonie dans un marché d'échanges mondiaux en plein essor requiert de fortes concentrations de guerriers indigènes.

Lorsque les Britanniques sont sortis victorieux de la << Grande Guerre pour la Suprématie >> et que les Français, vaincus, ont dû céder la baie d'Hudson, l'Acadie, la Nouvelle-France et d'autres territoires dans une série de traités, ceux qui furent les plus affectés par les guerres européennes étaient les indigènes des régions atlantiques. Ces guerres ont pratiquement causé l'extermination de quelques peuples indigènes dont les Appalaches, en Floride. On a aussi vu s'installer des garnisons militaires coloniales et des postes de garde. On a effectué une militarisation générale des régions avec de l'armement lourd et des spécialistes de combat. Subséquemment, l'expansion des colonies repoussait les frontières du territoire et, du même coup, refoulait plusieurs nations indigènes vers l'ouest.

La résistance indigène ne s'est pas terminée avec les guerres coloniales de cette période. Elle ne s'est pas non plus limitée à donner un coup de main à leurs << alliés >>.

En 1711, les Tuscaroras ont attaqué les Anglais en Caroline du Nord et ont combattu pendant deux ans jusqu'au jour ou la campagne anti-insurrection anglaise fit son oeuvre. Résultat: des centaines de morts et quelque 400 indigènes vendus comme esclaves. Les Tuscaroras ont fui vers le nord pour s'installer parmi les Haudenosaunee devenant ainsi la Sixième Nation en 1722.

En 1715, la nation Yamasee s'est soulevé contre les Anglais en Caroline du Sud, mais fut pratiquement exterminée lors d'une riposte anglaise sanglante.

En 1720, la nation Chickasaw a combattu l'occupation française jusqu'à la capitulation de la France aux mains des Anglais en 1763. À l'instar de la nation Chickasaw, la nation Fox a également opposé une résistance, de 1720 jusqu'à vers 1735, face à la colonisation française.

En 1729, la nation Natchez débuta une série d'attaques contre les colons français de la Louisiane suite aux ordres du gouverneur Sieur Chépart de raser le village principal des Natchez pour semer des plantations. Lors des batailles qui s'en suivent, Chépart est tué et la contre-attaque des Français est fatale pour la nation Natchez qui se retrouvera décimée. La lutte des guérilleros continuera toutefois sur les bords du fleuve Mississippi.

En 1760, la nation Cherokee s'est soulevée contre leurs alliés, les Anglais, en Virginie et en Caroline. Menés par Oconostota, les Cherokees ont combattu pendant deux ans. Éventuellement, ils ont accepté une trêve de paix non sans voir des parties de leur territoire pris par les Anglais qui y ont rasé villages et cultures.

En 1761, les Aléoutiens d'Alaska ont attaqué les commerçants russes suite aux déprédations contre les communautés aléoutiennes sur les côtes de l'Alaska (les colonisateurs russes ont éventuellement installé leurs camps sur les îles de Pribilof et aléoutiennes en 1797 expropriant du même coup le peuple Aléoute et faisant d'eux des esclaves pour la chasse au phoque).

En 1763, le chef Ottawa, Pontiac, a organisé une alliance entre Ottawas, Algonquins, Senecas, Mingos et Wyandots et mené une offensive contre la colonisation anglaise. Cette campagne leur a permis de capturer neuf des douze garnisons anglaises et d'assiéger Détroit pendant six mois. L'incapacité d'étendre les possibilités de l'insurrection et le retrait de la promesse d'une assistance française ont poussé Pontiac à négocier la fin du conflit en 1766.

Il faut ajouter à cette période riche en guerres l'évolution des maladies épidémiques. En 1746, en Nouvelle-Écosse seulement, 4000 Micmacs sont morts de ces maladies.

Avec la défaite de la France, les Britanniques ont acquis de vastes territoires appartenant auparavant à la France à l'insu de plusieurs Premières Nations qui habitaient ces régions et avec qui les Français n'avaient jamais négocié de traités territoriaux ni reconnu aucun titre aux indigènes.

À ce moment là,

<< ... le gouvernement britannique a saisi l'occasion de consolider ses positions impériales en tissant des relations form elles et constitutionnelles avec les ...indigènes. Dans la Proclamation de 1763, il a annoncé son intention de se réconcilier avec les tribus mécontentes en reconnaissant leurs droits territoriaux, en leur laissant le plein contrôle sur les territoires non-cédés et en entrant dans une relation de nation à nation >>[13].
La Proclamation Royale de 1763 a décidé de l'emplacement d'un << territoire indien >> à l'ouest des Appalaches et les Treize Colonies d'origine. À l'intérieur de ce territoire, personne n'aurait le droit d'y acheter des terres, sauf la Couronne. Dans les colonies maintenant sous l'empire britannique dont Terre-Neuve, le Labrador, le Québec, la Nouvelle-Écosse et les Treize Colonies, les colons occupant des territoires indigènes non-cédés seront relocalisés et les achats de terres, occupées par ou réservées pour les indigènes, à des fins privées étaient interdits. Seule la Couronne pouvait acheter ces terres, en présence des Premières Nations.

Remplie de bonnes intentions, la Proclamation était toutefois couramment violée par les colons et rarement mise en application. En fait, un an après la Proclamation, Lord Dunmore, le gouverneur de la colonie de Virginie, avait déjà franchi la frontière en accordant à des vétérans de la Guerre de Sept Ans, qui avaient servi sous ses ordres, des terres sur le territoire de la nation Shawnee. La voix des Shawnees ne se fit pas attendre, mais la provocation de Dunmore envers le contrôle britannique avait pour but de précipiter, en forme et en substance, une autre période de conflits qui verraient le processus de colonisation s'étendre vers l'ouest. Cette période de conflits mettrait en évidence la véritable intention de la Proclamation Royale en tant que document stratégique pour la défense des intérêts coloniaux britanniques en Amérique du Nord.

CATASTROPHE: LES ÉTATS-UNIS SONT NÉS

En raison de la domination britannique à l'échelle mondiale, la lutte européenne pour l'hégémonie tirait donc à sa fin. Par la suite, le XVllle et le XIXe siècle se sont avérés une période de guerres pour l'indépendance qui ont chassé les états européens hors des Amériques. De plus, parmi ces guerres eut lieu la lutte d'indépendance qui mènera par la suite à la naissance des États Unis.

Tout juste sorti victorieux de la "Grande Guerre pour la Suprématie", les Britanniques ont amassé une lourde dette. Afin de défrayer les coûts du maintien et de la défense de ses colonies, les Britanniques ont substantiellement modifié leur politique coloniale. Une large part des coûts financiers des colonies ont été défrayés directement par les colonies à travers une série de taxes. L'imposition de ces taxes a incité les colons à demander que les taxes ne soient imposées qu'avec leur consentement. De fait, la question des taxes n'était que la pointe de l'iceberg d'un débat plus sérieux. Qui doit contrôler et tirer profit de la colonisation, les colonies ou les colonisateurs?

En 1775, les années de protestation et de révolte des colons ont mené à une guerre générale d'indépendance qui s'est poursuivie jusqu'en 1783, lors de la capitulation des Britanniques qui ont cédé de grandes parties de territoires le long de l'Atlantique.

Le fait que les Britanniques n'aient pas perdu trop de territoires est attribuable à la participation de nombreux peuples indigènes du côté des Britanniques. La Proclamation Royale était donc une stratégie pour étouffer la résistance indigène face à la colonisation britannique (comme lors de la Guerre du Roi Georges en 1744 où les Micmacs se sont alliés aux Français et, suite au traité d'Aix-la Chapelle en 1748, ils ont continué de combattre les Anglais qui ont conclu avec eux un traité de << Paix et d'Amitié >>) et un moyen de former des alliances militaires avec les Premières Nations, sinon d'obtenir leur neutralité lors de conflits européens.

Tout comme lors de batailles européennes précédentes, les peuples indigènes servaient de troupes de renforts et la militarisation intensive a intensifié le contrôle des colons:

<< La fin de la guerre fut marquée par l'exode de Blancs, les Loyalistes de l'Empire Uni, vers la Nouvelle-Écosse. Ils sont venus en si grand nombre et se sont répandus si largement à travers la région des Maritimes qu'il était devenu essentiel de séparer la Nouvelle-Écosse en trois provinces afin de réduire les problèmes administratifs: le Nouveau-Brunswick, le Cap Breton, la Nouvelle-Écosse et ...I'île St Jean, peu après renommée l'Île-du-Prince-Édouard >>[14].
Au sud, les colons rebelles procédaient à la création des États Unis. Dans ces régions, la guerre a passablement détruit les Premières Nations. Les rebelles ont mené une campagne afin d'évincer de leurs terres les Shawnees, les Delawares, les Cherokees et les Haudenosaunees (souffrant d'une séparation d'avec les Onéidas et les Tuscaroras qui ont choisi le côté des révolutionnaires).

Là encore, la Proclamation Royale s'est avérée une alliée de taille en renforçant la frontière coloniale britannique et tenant les alliés indigènes à distance:

<< Le respect des principes de la Proclamation demeurera la base de la politique indienne britannique pour plus d'un demi-siècle et expliquera le succès des Britanniques dans le maintien d'alliés indigènes au cours des guerres nord-américaines impliquant les Britanniques. Même lorsque les Britanniques ont perdu beaucoup de territoire en Amérique du Nord après 1781 et que ses alliés indigènes ont perdu leurs terres traditionnelles résultat de leur alliance avec les Britanniques, la Couronne a acheté des terres des indigènes vivant à l'intérieur du territoire britannique et les ont données à leurs alliés qui ont monté vers le nord... >>[15].
Après avoir bien ancré ses Treize Colonies sur les côtes de l'Atlantique, les États-Unis indépendants organisent l'expansion vers l'ouest. Ils lancent des campagnes militaires afin d'élargir les frontières du territoire.

Une de ces premières campagnes débuta en 1790 sous les ordres du président George Washington. Constituée d'environ 1100 hommes de milice de la Pennsylvanie, de la Virginie et du Kentucky dirigés par le brigadier général Josiah Harmar, la troupe essuya une cuisante défaite face à une confédération de guerriers Miamis, Shawnees, Ojibways, Delawares, Potawatomis et Ottawa menée par le chef Miami, Michikinikwa (Petite Tortue). Une deuxième troupe fut envoyée et défaite en novembre 1791. Finalement, en 1794, une grosse armée menée par le général Anthony Wayne a défait la confédération qui était maintenant dirigée par Pied de Dindon, aux abords du lac Érié. Les guerriers qui ont survécu ont fui tentant de trouver refuge à la garnison britannique de Fort Miami. Les Britanniques, anciens alliés de plusieurs peuples indigènes confédérés lors de la guerre d'indépendance, ont refusé de leur offrir un refuge et des centaines d'indigènes furent massacrés devant les portes du fort par les hommes de Wayne. Même si la confédération est essentiellement anéantie, les Miamis continueront d'offrir une résistance armée jusqu'en 1840.

Les "Guerres Indiennes" lancées par les É.-U. au cours des 100 ans qui ont suivi, respectaient la politique d'extermination visant à détruire les nations indigènes et à isoler les survivants dans (selon ce qu'on croyait être à l'époque) des réserves arides et désolées. Une fois les peuples contenus dans ces Bantoustans, la prochaine étape consistait à détruire la culture indigène. Cette opération fut sous les auspices des agences gouvernementales alors en plein essor.

La guerre contre les Premières Nations ayant atteint un autre niveau, on commença à s'attarder aux puissances européennes toujours présentes en Amérique.

En 1812, utilisant le prétexte que les indigènes organisaient des raids le long de ses frontières avec les territoires britanniques, les États-Unis ont tenté d'envahir l'Amérique du Nord Britannique. Encore ici, les politiques coloniales britanniques les ont favorisés. Une alliance entre des peuples indigènes (qui avaient leurs propres intérêts dans le plein accomplissement de la Proclamation de 1763) et les colons européens a réussi à repousser l'envahisseur. Parmi ceux qui ont combattu l'invasion des États-Unis, on retrouvait les chefs indigènes Tecumseh, un chef Shawnee qui participa à l'élaboration d'une confédération d'indigènes contre les Européens (il déclara qu'aucun individu ou groupe d'individus ne peut vendre la terre puisqu'elle appartient à tous les indigènes); Black Hawk, un chef Sauk qui conduira également d'autres insurrections indigènes, et Joseph Brant, un chef dans les Haudenosaunee qui fut récompensé par les Britanniques avec un grand territoire duquel il commença à vendre des part à des colons européens (dans l'histoire, il fut reconnu comme un héros par les Euro-Américains, mais comme un traître par son peuple). Tecumseh fut tué au combat lors de la bataille de Moraviantown en Ontario en 1813.

En 1815, le Traité de Ghent mis fin aux hostilités entre les Britanniques et les États-Unis. Toutefois, ni la guerre des États Unis contre les indigènes ni la résistance indigène ne connurent de répit.

RÉVOLUTIONS AU NOUVEAU-MONDE

Suite à la Révolution Américaine, des mouvements d'indépendance virent le jour en Amérique Centrale et du Sud.

Malgré le semblant d'apparence monolithique du colonialisme espagnol et portugais au cours des trois premiers siècles suivant l'invasion européenne et malgré les politiques génocides des conquistadores, la résistance indigène n'a jamais cessé. Surtout, par exemple, dans les régions intérieures de la péninsule du Yucatân, dans les forêts des basses terres du Pérou, dans la région amazonienne et même dans les hautes terres des Andes qui a souffert d'une dépopulation sérieuse. Entre 1532 et 1625, la densité de la population des Andes est estimée avoir passée de 9 millions à 700 000. Dans ces régions, la domination coloniale était constamment défiée et formait la base des mouvements de résistance qui ont débuté aussi tôt que dans les années 1500.

Parmi ces premières révoltes, on retrouve la rébellion de Vilacabamba de 1536 menée par Manqu Inka. Même si l'insurrection fut incapable de prendre de l'expansion et a échoué dans sa tentative d'évacuer les espagnols, les rebelles ont pu établir une << zone libre >> dans la région de Vilacabamba (aujourd'hui la Bolivie) pour les trois prochaines décennies [16]. L'exécution d'un autre chef, Tupac Amaru, en 1572 fut l'élément qui précipita la fin de la révolte initiale.

D'autres insurrections majeures sont survenues en Équateur en 1578, 1599 et en 1615. Les Itzas de Tayasal dans la péninsule du Yucatân sont demeurés insoumis jusqu'en 1697.

<< Les Européen ont trouvé difficile d'établir des moyens de transport et de communication dans la forêt des basses terres de la région des Mayas... Même si les Espagnols ont acquis une souveraineté formelle sur le Yucatân avec relativement d'aisance, plusieurs tribus Mayas de la région ont résisté avec succès toute domination efficace ...depuis des siècles >>[17].
Conservant l'allure des développements coloniaux en Amérique du Nord, les Espagnols ont instauré une série de lois au XVlle siècle connues sous Leyes de Indias. Semblable à la Proclamation de 1763 instaurée plus tard par les Britanniques en Amérique du Nord, les lois ont coupé la région des Andes en deux soit la "République d'Espagne" et la "République des Indes" - chacune ayant son propre système judiciaire, ses propres lois et ses propres droits. Les Leyes de Indias étaient: << du point de vue de l'état colonial... une mesure pragmatique afin de prévenir l'extinction de la main d'oeuvre (indigène)... >>[18].

Malgré son semblant de "libéralisme", les travaux forcés de même que les lois sur les taxes sont demeurés en vigueur et le règlement n'a jamais vraiment été appliqué.

En 1742, Juan Santos Atahualpa a mené un mouvement de résistance indigène au Pérou comprenant principalement les peuples Yanesha (Amuesha) et Ashaninka (Campa) qui ont combattu la colonisation espagnole pendant plus d'un siècle.

Au XVllle siècle, la résistance indigène s'est amplifiée pour devenir une révolte majeure, menée par Jose Gabriel Tupac Amaru, dans la colonie du Haut Pérou (aujourd'hui la Bolivie).

<< Beaucoup s'est écrit sur la rébellion indienne de 1780 et menée par Jose Gabriel Tupaq Amaru et ses successeurs. On connaît peu de chose par contre sur les révoltes des Chayantas et des Sikasikas qui eurent lieu pendant la même période. Cette dernière fut conduite par Julian Apasa Tupaq Katari. Pendant plus d'un demi-siècle, les lois coloniales sur les taxes ont provoqué un tollé de protestation... Au milieu des années 1780, une révolte d'apparence spontanée est survenue à Macha, dans la province de Chayanta, dans le but de libérer un indien Cacique, Tomas Katari, emprisonné suite à une dispute avec les autorités métisses locales. Ensuite, en novembre 1780, Jose Gabriel Tupaq Amaru mena une rébellion très bien organisée à Tungasuca, près de Cuzco. Julian Apasa Tupaq Katari, un roturier indien de Sullkaw (Sikasika) se souleva et assiégea La Paz de mars à octobre 1781. Durant ce siège, le quart de la population de la ville trouva la mort. Après la défaite de Tupaq Amaru à Cuzco en avril 1781, la rébellion pris la direction de Azangaro, où des parents à lui, Andres et Diego Cristobal ont mené le soulèvement. Andres a assiégé Sorata avec succès en août de la même année, mais en novembre, lui et Diego Cristobal ont dû se rendre aux autorités espagnoles. Au début de 1782, la rébellion était réduite à néant. >>[19].
Les chefs, perçus ou véritables, étaient capturés et exécutés. Ils étaient écartelés, décapités et brûlés vifs.

Pendant que la résistance indigène se poursuivait et donnait fréquemment l'assaut vers les rangs des colonialistes - incluant les Espagnols et les Créoles (descendants de colons espagnols en Amérique) - les colonies elles-mêmes commençaient à former des mouvements indépendantistes qui comprenaient les Créoles et les Métis.

Les raisons des mouvements indépendantistes - comme aux États-Unis - se retrouvent dans l'oppression causée par la taxation et les lois sur le monopole des échanges imposés par le centre colonial. Ces deux particularités étouffent la croissance économique de la colonie. Aussi, on évitait les Créoles au moment de combler des postes dans la colonie; on les attribuaient aux personnes nées en Espagne.

La première révolte majeure des colons se passa en 1809 dans la colonie du Haut Pérou (Bolivie). Ils ont réussi à renverser temporairement les autorités espagnoles. En 1810, la Colombie déclara son indépendance, suivie un an plus tard du Venezuela. En 1816, c'est au tour de l'Argentine de se déclarer indépendante. L'année suivante, le général Jose de San Martin mena ses troupes à travers les Andes pour << libérer le Chili et le Pérou des forces Royalistes >>. Les guerres d'indépendance se répandaient rapidement et les forces royalistes espagnoles perdaient les colonies les unes après les autres dans des conflits décisifs dont le point culminant fut la Bataille d'Ayacucho en 1824 au Pérou. Cette bataille diminua grandement l'influence de l'Espagne en Amérique (qui était déjà en déclin en raison de l'invasion de Napoléon en Espagne pendant la même période).

Les mouvements indépendantistes ont réussi à renverser les forces espagnoles et portugaises, mais ils furent menés par, et pour les intérêts de, l'élite créole - avec l'aide de propriétaires de terres et de marchants.

<< ... les révolutions pour la création d'états indépendants en Amérique vers la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle doivent être vu comme le moyen de création d'états-nations à l'européenne dans le but de favoriser le développement du capitalisme. Si toutefois ils étaient anti-"mère-patrie", ils n'étaient pas anti-colonial (par exemple, la création des états de la Rhodésie et de l'Afrique du Sud n'étaient pas des événements anti-coloniaux) >>[20].
Aujourd'hui, la Confédération des Nations Indigènes de l'Équateur (CONAIE) décrit l'indépendance de l'Équateur, par exemple, comme
<< sans l'intention de changer nos conditions de vie; c'était simplement le passage du pouvoir des mains des Espagnols à celles des Créoles >>[21].
Comme dans le cas des États-Unis, les nouveaux états indépendants consolident rapidement leurs positions politiques et militaires et poursuivent l'expansion économique.

Il en résulta de nombreuses guerres entre nations indépendantes concernant les frontières, le commerce et enfin les ressources naturelles. En 1884, la guerre du Pacifque vit s'affronter la Bolivie, le Chili et le Pérou pour l'accès aux sources de nitrate. Entre 1865 et 1870, l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay se sont alliés contre le Paraguay lors de la sanglante Guerre de la Triple Alliance au cours de laquelle le Paraguay a vu sa population mâle grandement réduite.

Tout comme en Amérique du Nord, des conflits ici et là ont plus souvent qu'autrement affecté les Premières Nations. La majorité des morts lors de la Guerre de la triple Alliance étaient des Indigènes. L'accroissement de la militarisation a créé de larges réserves de troupes expérimentées et équipées. En Argentine et au Chili, ces réserves militaires servaient à repousser les invasions dans les régions où la résistance Mapuche persistaient depuis des siècles. Entre 1865 et 1885, il existait une frontière militaire à partir de laquelle on conduisait des attaques contre les Mapuches. Des dizaines de milliers de Mapuches furent tués. Les survivants furent dirigés vers les réserves.

Dans les années 1870, le développement de la vulcanisation en Europe mena à l'invasion des régions de la Haute Amazonie au Brésil, en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Bolivie où les hévéas constitueront éventuellement la source mondiale de caoutchouc. Dans la région du fleuve Putumayo seulement, au nord du Pérou et en Colombie, 40 000 Indigènes ont été tués entre 1886 et 1919. En 1920, on estima le taux de dépopulation en quelques endroits de la région du caoutchouc à 95% [22].

Pendant cette période post-indépendantiste, influencée par la transition du régime féodal au capitalisme en Europe, une nouvelle forme de domination européenne fut lancée. Brièvement, elle consistait en l'apparition des prêts bancaires à l'intention du développement d'infrastructures pour l'exportation de matériaux bruts ou manufacturés: routes, chemins de fer, ports et plus particulièrement l'industrie minière et agricole. Dans les années 1820, les banques anglaises ont prêté plus de 21 millions de livres aux colonies espagnoles. L'amoncellement des dettes et les importations subséquentes de la technologie et de la machinerie européenne nécessaire à l'exploitation en masse du sol et du sous sol, essentiel pour pouvoir rembourser ses prêts, ont créé une dépendance qui s'est installée graduellement (et qui continue son oeuvre aujourd'hui à travers le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale, contrôlés par le G-7 [23].

Pendant la même période, les États-Unis ont commencé à avoir un pied-à-terre dans la région. En 1853, cinq ans après la découverte d'or dans des régions jusque-là inconnues en Amérique Centrale, la marine des États-Unis a envahi le Nicaragua. En 1898, suite à la Guerre Américano-Espagnole, Puerto Rico et Cuba furent annexés aux États-Unis (Puerto Rico demeure aujourd'hui la dernière possession coloniale des États-Unis). L'armée des États-Unis a aussi occupé les Philippines, y massacrant hommes, femmes et enfants. Hawaii tomba aux mains des États-Unis en 1893. Suite à ces événements, les États-Unis furent reconnue comme une puissance capitaliste en plein essor et l'éventuelle expansion de l'impérialisme des États-Unis commença à prendre forme.

Le développement de l'impérialisme se manifeste maintenant à l'échelle mondiale. La séparation entre la puissance européenne prédominante et les États-Unis était complète (et mènera éventuellement à deux guerres mondiales).

LA MANIFESTATION DE LA DESTINÉE ET LES GUERRES INDIENNES AUX ÉTATS-UNIS

Pendant que les États-Unis s'établissaient en tant que puissance mondiale impérialiste, ils luttaient afin de consolider leurs bases continentales et repousser la résistance armée des Premières Nations.

Avant la guerre États-Unis-Angleterre de 1812, la Louisiane fut acheté de la France en 1803 et l'Espagne a cédé la Floride en 1819. Dès 1824, le Bureau des Affaires Indiennes fut mis sur pied par le Département de Guerre. Des campagnes militaires furent lancées contre les Premières Nations, aussi bien contre les Shawnees de la vallée du Mississippi que contre les Séminoles de la Floride. Au même moment, les documents légaux de l'occupation furent écrits. En 1830, la Loi sur le Retrait des Indiens fut ratifiée. En 1854, le Congrès réorganisa les nombreux départements qui avaient compétence dans la répression des Indiens en créant le Département des Affaires Indiennes des États-Unis. Il ratafia le Commerce Indien et la Loi sur les Relations qui redéfinira le territoire indien et la frontière indienne permanente. Le territoire indien fut précédemment défini, en 1825, comme étant les terres à l'ouest du Mississippi. Suite à la formation des territoires du Wisconsin et de l'lowa, la frontière fut prolongée du Mississippi jusqu'au 95e méridien.

La Loi sur le Retrait des Indiens était conçue dans le but de relocaliser les Indiens à l'est du 95e méridien à l'ouest de ce dernier. En 1838, les troupes des États-Unis ont entassé des milliers de Cherokees dans des camps de concentration afin de les acheminer vers l'ouest sur le Chemin des Pleurs. Au milieu de l'hiver, un Cherokee sur quatre mourrait de froid, de faim ou de maladies. Plusieurs autres nations furent aussi relocalisées de force: les Choctaws, les Chickasaws, les Creeks, les Shawnees, les Miamis, les Ottawas, les Wendats et les Delawares. La frontière indienne permanente était un front militaire pour les garnisons des États Unis. Elle était semblable à celle instaurée en Argentine et au Chili pendant la même période.

Mais la frontière indienne n'était pas respectée. Tout comme la Proclamation Royale Britannique de 1763, les restrictions imposées à la colonisation ou au commerce européen dans ces régions furent ignorées. Lors de l'annexion du nord du Mexique en 1848, les États Unis ont acquis les, territoires du Texas, de la Californie, du Nouveau-Mexique, de I Arizona, de l'Utah et du Colorado. La même année, on a découvert de l'or en Californie. Ces deux événements combinés font en sorte que le territoire indien était sous la menace d'une invasion prochaine. Sous l'idéologie de la manifestation de la destinée, les États-Unis étaient sur le point de lancer de nouvelles attaques génocides contre les Premières Nations non-soumises. Le théâtre de ces guerres s'étendait de la région des Grands Lacs au Minnesota au sud du Rio Grande et jusqu'en Californie s'étendant au nord jusqu'à l'état de Washington. Plusieurs nations indigènes furent impliquées dans cette période de guerre: les Lakota, les Cheyennes, les Commanches, les Kiowas, les Yakimas, les Nez Percés, les Walla Wallas, les Cayuses, (es Arapahos, les Apaches, les Navajos, les Shoshones, les Kickapoos et plusieurs autres. C'était une guerre de laquelle plusieurs chefs indigènes légueront un héritage de combat qui, tout comme les combats en Méso-Amérique et en Amérique du Sud, demeureront des symboles de résistance face à la colonisation européenne: Crazy Horse, Tatanka Yotanka (Sitting Bull), Ten Bears, Victorio, Geronimo, Quanah Parker, Wovoka, Black Kettle, Red Cloud, Chief Joseph et plusieurs autres.

Même si les Guerres Indiennes de cette période n'étaient pas à sens unique (les troupes des États-Unis ont essuyé plusieurs défaites), les troupes coloniales des États-Unis ont tout de même réussi à imposer leur domination graduellement et impitoyablement. De nombreux facteurs y ont contribué suivant les moyens employés lors de campagnes précédentes contre les Premières Nations: les maladies telles que la rougeole, la variole et le choléra ont continué à se répandre (entre 1837 et 1870, au moins quatre épidémies majeures de variole ont balayé les plaines de l'ouest et entre 1850 et 1860, une épidémie de choléra a frappé le Grand Bassin et les plaines du sud); les services d'informateurs et de traîtres et l'incroyable force des troupes des États-Unis autant aux armes qu'au nombre d'hommes. Ces facteurs combinés aux grandes tricheries et aux politiques d'extermin ation ont érodé les forces des Premières Nations autrefois si puissantes.

Un des points tournants majeurs de cette période est sans contredit la Guerre de Sécession.

ESCLAVAGE DES AFRICAINS, RÉBELLION AFRICAINE ET GUERRE DE SÉCESSION

En apparence une croisade morale afin d'abolir l'esclavage, la Guerre de Sécession de 1861-1865 était en fait un conflit entre le développement commercial et industriel du Nord et la stagnation agricole basée sur la main-d'oeuvre esclave des Africains dans le Sud.

Jusqu'au XIXe siècle, de 10 à 15 millions d'Africains ont été amenés en Amérique en premier par les Portugais, ensuite par les Anglais, les Espagnols et les colonialistes des États-Unis. Ces individus provenaient de toutes les régions de l'Afrique: le Sénégal, la Côte d'Ivoire, l'Angola, le Mozambique, etc. et de plusieurs nations africaines: les Yorubas, les Kissis, les Senefus, les Foulahs, les Fons, les Adjas et plusieurs autres.

Fait esclaves, ces peuples ont dû travailler de force dans les mines, les industries de textile, les manufactures et les plantations. Ils servaient d'abord les intérêts des marchés européens et, après les guerres d'indépendance, les tout nouveaux états-nations des Amériques.

Le commerce d'esclaves américains et africains était absolument nécessaire à la colonisation des Amériques. L'embarquement forcé de millions d'Africains a apporté une nouvelle dynamique au processus de colonisation; non seulement dans l'économie de l'occupation européenne, mais aussi dans le développement de la résistance des peuples africains.

Aussitôt que 1536, des esclaves africains ont formé une rébellion contre une colonie espagnole en Caroline du Sud qui n'a pas fait long feu. Les esclaves qui ont fui ont trouvé refuge auprès des Premières Nations. Dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, où était concentré les premiers esclaves africains, de grandes révoltes ont fréquemment éclaté et les esclaves en fuite se sont réfugiés chez les Caribes et les Arawaks. Au nord du Brésil, une rébellion africaine a réussi à prendre possession du territoire de Palmares (qui deviendra aussi grand que le tiers du Portugal).

Probablement une des plus célèbres alliances entre Africains et Indigènes fut celle entre des esclaves africains en fuite et les Séminoles de Floride. Les africains en fuite << ont formé des communautés africaines libres en tant que partie semi-autonome de la nation Séminole qui les accueillait >>[24]. Ensemble, ces peuples organiseront une des plus fortes résistances contre les États-Unis. Les présumées Guerres Séminoles débutèrent en 1812 alors que des individus de Géorgie qui ont décidé de faire la loi ont tenté de capturer des Africains pour en faire des esclaves. Ces guerres se poursuivront pendant trente ans sous la campagne de relocalisation des États-Unis. Les Guerres Séminoles, menées fanatiquement par le président Jackson, s'avéra la plus coûteuse des Guerres Indiennes. Du côté des États-Unis, plus de 1600 hommes furent tués et des milliers, blessés. Tout ça aura coûté aux États-Unis 30 millions de dollars. Même après ces événements, la guérilla sémino-africaine demeura libre. La solidarité qui existait entre les Africains et les Séminoles se montrera évidente lors de la seconde Guerre Séminole de 1835. Les Séminoles, dirigés par Osceola, ont refusé la relocalisation en Oklahoma, le principal désaccord étant l'insistance des États-Unis à désirer la séparation entre les Africains et leurs frères et soeurs Séminoles. Les troupes des États-Unis ont relancé la guerre et n'ont jamais pu remporter une nette victoire.

Dès le milieu des années 1800, l'esclavage était vu par quelques membres de la classe législative des États-Unis comme une entrave au développement économique et à l'expansion. La campagne anti-esclavage, menée par le Nord, était un effort louable afin de libérer le territoire et la main-d'oeuvre des limites qu'imposait le système fermé de l'agriculture de plantation qui employait de la main-d'oeuvre esclave.

<< L'esclavage est devenu un obstacle à l'épanouissement de la société coloniale et aux intérêts de la bourgeoisie euro américaine. Non pas que l'esclavage n'était pas profitable en lui même. Il était beaucoup plus profitable que la main-d'oeuvre blanche payée. Les esclaves africains dans les industries coûtait aux capitalistes moins que le tiers de la main-d'oeuvre blanche... Mais les capitalistes américains avaient besoin d'étendre à grande échelle leur force ouvrière. Les propriétaires de plantations croyaient qu'importer quelques millions de nouveaux esclaves d'Afrique aurait pu satisfaire ces nouveaux besoins. Mais il était évident que ça ne ferait que jeter de l'huile sur le feu de l'insurrection des colonies africaines. Les profits ne devraient pas être le résultat de la compression de quelques dollars à court terme, mais en fonction des besoins d'un empire au complet et du futur. La demande pour la main d'oeuvre n'était pas seule responsable du démantèlement du système esclavagiste. Le capitalisme avait besoin d'une gigantesque armée de colons, une infinité de nouvelles troupes d'élite européennes, afin de conquérir et de conserver de nouveaux territoires, les développer pour la bourgeoisie et l'armer contre les invasions >>[25].
Le feu des insurrections a donné un coup aux forces de l'occupation en 1791 lors de la Révolution Haïtienne. Les esclaves africains, menés en partie par Toussaint L'Ouverture, se sont rebellés pour défaire les Espagnols, les Anglais et les Français. La rébellion a mené à l'instauration de la République d'Haïti qui a offert la citoyenneté à tous les Indigènes et les Africains qui la désirait.

Les révoltes augmentaient aussi aux États-Unis dont la révolte de 1800 en Virginie menée par Gabriel Prosser et celle de Nat Turner en 1831 pendant laquelle soixante colons ont trouvé la mort.

<< La situation devenait de plus en plus délicate au fur et à mesure que le développement de l'économie capitaliste créa des tendances à l'urbanisation et à l'industrialisation. Au début des années 1800, la population africaine de plusieurs ville croissait plus vite que celle des Euro-américains >>[26].
Les révoltes dirigées par Gabriel et Turner ont provoqué des discussions à l'assemblée législative de la Virginie sur la fn de l'esclavage et un sondage à été mené auprès de la population blanche de l'ouest de la Virginie pour leur demander leur avis.

Tous ces facteurs ont poussé le Nord à mettre un terme à l'esclavage en tant que forme d'exploitation. En revanche, les états du Sud, menés par les propriétaires de plantations et les exploiteurs d'esclaves, ont menacé de se séparer de l'Union. La Guerre de Sécession débuta.

CONSTRUCTION ET DESTRUCTION NOIRE

Le début de la Guerre de Sécession en 1861 causa divers problèmes à la classe dominatrice de l'Union du nord. La guerre avait non seulement pour but la préservation de l'expansion d'un empire continental, mais elle a aussi ouvert un second front, celui du combat des esclaves africains pour leur liberté. Avec une population de quatre millions d'individus, le soulèvement des Africains du Sud s'est avéré crucial dans la défaite des Confédérés. À coup de dizaines de milliers, les esclaves africains ont échappé à leurs maîtres et se sont enrôlés dans l'armée de l'Union. Ce retrait massif de la main-d'oeuvre esclave a donné un grand coup dans l'économie du Sud et les forces de l'Union était soutenues par des milliers d'esclaves.

Vers la fin de la guerre en 1865, les Africains qui n'ont pu s'échapper ont préparé un assaut à grand déploiement suite à la défaite des Confédérés. Ils ont réclamé les terres sur lesquelles ils ont travaillé et ont commencé à s'armer (non seulement contre les propriétaires de terres sudistes, mais aussi contre l'armée de l'Union). L'inquiétude généralisée de cette "dangereuse position" des Africains dans le Sud a mené à la `Reconstruction Noire'. On a promis au Africains la démocratie, les droits de l'homme, leur propre gouvernement et la propriété des terres.

Dans les faits, ce fut une stratégie pour le retour de la domination euroaméricaine impliquant:

<< 1. La répression militaire des communautés africaines les mieux organisées et les plus militantes.
2. Pacifier les Africains en passant par le néo-colonialisme en utilisant des éléments de la petite-bourgeoisie africaine afin d'attirer les gens vers la citoyenneté américaine en réponse à leurs problèmes. Au lieu de la nationalisation et de la libération, les agents néo-coloniaux ont dit aux masses que leurs demandes démocratiques pourraient être retenues à la condition qu'ils suivent les colons capitalistes du Nord... >>[27].
Suite à cette stratégie, les forces armées de l'Union ont attaqué les communautés africaines qui occupaient collectivement des terres, repoussant des dizaines de milliers d'individus hors des terres et arrêtant les "chefs". Les troupes africaines qui ont combattu pour l'armée de l'Union furent rapidement désarmés et dispersés ou alors envoyés pour combattre sous l'Union dans les Guerres Indiennes. Des organisations terroristes blanches d'extrême droite ont vu le jour. Une des plus controversées, mais non la seule, est le Ku Klux Klan.

Sous le 14e amendement de la Constitution américaine, les Africains sont devenus des citoyens américains et ont le droit de vote. A travers la stratégie néo-colonialiste de reconstruction, les Africains ont pu instaurer des réformes comme le droit de faire parti d'un jury, la réforme de la protection de la main-d'oeuvre, le droit au divorce et à la propriété de la femme et l'implication dans les gouvernements locaux.

Toutefois, même ces petites réformes en étaient trop pour les Sudistes blancs. Ils ont vigoureusement résisté à la reconstruction. La résistance n'a pas seulement été effectuée par les propriétaires de plantations, mais aussi par les Blancs pauvres qui ont joint des organisations telles que le KKK, White Caps, White Cross et la Ligue des Blancs. Des milliers d'Africains ont été tués lors des élections d'état lorsque des groupes de blancs d'extrême droite ont mené des campagnes terroristes visant à contrer les gains de la reconstruction et à préserver la suprématie Blanche.

<< En 1876-1877, le compromis final entre le capital Nordiste et les plantations Sudistes fut signé dans "l'entente de Hayes Tilden". Le Sud a promis d'accepter la domination de la bourgeoisie nordiste sur tout l'empire et de permettre au candidat Républicain Rutherford B. Hayes de succéder à Grant à la présidence des États-Unis. En retour, la bourgeoisie nordiste a donné son accord à l'hégémonie régionale des propriétaires de plantations dans tout le sud et au retrait des dernières troupes nordistes du Sud pour que le Klan puisse s'occuper des Africains comme il l'entend. Pendant que les vestiges gardés de la Reconstruction ont tenu le coup ici et là pendant quelques années (les Congressistes africains ont été élus par le Sud jusqu'en 1895), l'année critique de 1877 fut marquée par leur défaite concluante >>[28].
Non sans importance pendant la même période, la classe ouvrière blanche nordiste était engagée dans une virulente lutte des classes pour le 8 heures de travail par jour, pendant que les Africains étaient attaqués par le KKK et par d'autres organisations racistes. Au même moment, peu d'attention fut portée sur les campagnes militaires d'extermination des Premières Nations.

Pendant la guerre, plusieurs Premières Nations ont tenté de demeurer neutre dans le Sud, même si les promesses faites par les Confédérés pour les terres ont stimulé quelques Premières Nations à s'allier avec les Sudistes. Neutralité n'est pas synonyme de passivité. Les Indigènes ont donc continué la résistance à la colonisation. À partir de 1861-1863, les Apaches, conduits par Cochise et Mangas Colorado, ont combattu les forces de l'occupation. Cette résistance continuera jusqu'en 1886 lors de la capture de Géronimo. Les Santees, conduits par Little Crow, ont aussi combattu l'armée américaine à partir de 1862-1863. En 1863-1864, cette guerre se déplacera au Dakota du Nord sous les Tétons. En 1863, les Shoshones de l'ouest ont combattus des colons et attaqués des patrouilles militaires et des routes de ravitaillement en Utah et en Idaho. La même année, les Navajos du Nouveau-Mexique et de l'Arizona se sont rebellés.

Avec la fin des travaux du chemin de fer transcontinental en 1869, la colonisation de l'ouest s'effectua rapidement. La militarisation suite à la Guerre de Sécession et la possibilité de fournir et de faciliter une opérations militaire à grand déploiement, enclencha la phase finale des Guerres Indiennes. Dans la période d'après-guerre, après la Guerre de Sécession, le processus génocide de colonisation entra dans une nouvelle ère, même au prix de voir des milliers de soldats américains tués ou blessés et où chaque indien tué rapportait 1 million de dollars. Dès 1885, le dernier grand troupeau de bisons fut massacré par les chasseurs euro-américains. Cette initiative a provoqué une contre-attaque des Indiens de la Plaine qui se verraient ainsi dépourvus de leur source d'alimentation première. Cinq ans plus tard, 350 Lakotas seront massacrés à Chankpe Opi Wakpala, les Creeks hisseront alors le drapeau blanc.

LA COLONISATION DU CANADA

En contraste aux campagnes d'extermination américaines, le processus de colonisation au Canada s'effectua sans conflits militaires à grande échelle qui ont caractérisés les Guerres Indiennes aux États-Unis. Même si plusieurs Euro-canadiens [29] se portent à croire que ces différences dans le mode de colonisation reposent sur des valeurs et des cultures fondamentalement différentes, elles ne sont rien de plus que le résultat des différences dans les pratiques coloniales enracinées dans les besoins et les stratégies économiques de base. À l'instar de ce qu'on a vu suite à la Guerre d'indépendance des États-Unis, une période d'expansion et de colonisation rapide s'en suivie. Suite à la consolidation des << 13 colonies britanniques le long de la côte atlantique nord et armés d'une poussée pré-impérialiste (la doctrine Monroe et l'idéologie de la "manifestation de la destinée"), les entrepreneurs qui contrôlaient la nouvelle machine de l'État ont rapidement déplacé leurs contingents militaires à travers l'Amérique du Nord >>[30].

Le Canada, d'un autre côté, n'a pas combattu pour son indépendance et demeure toujours sous l'Empire Britannique.

Tel que vu plus tôt, la première colonisation majeure de ce qui deviendra l'est du Canada fut engendrée par la France. Entre 1608 et 1756, quelque 10000 colons français sont venus s'installer au Canada. La Guerre de Sept Ans au XVllle siècle vit une défaite de la France. Plus tard, le Traité de 1763 a accordé aux Britanniques la domination sur la Nouvelle-France (aujourd'hui le Québec). Suite à la signature de l'Acte de Québec en 1774, la province de Québec fut élargie et le code criminel britannique prévaudra désormais. L'administration féodale implantée par les Français est demeurée pratiquement inchangée. Les conflits reliés aux questions civiles sont demeurés régis par le code civil français. Le système seigneurial, système féodal dans lequel des terres de la province étaient accordées par le Roi de France à des seigneurs (souvent de classe noble inférieure et de l'Église) qui, à son tour, louaient ses terres aux paysans contre un loyer annuel (appelé la dîme et payable sous forme de produits de la terre), continua. Lors de la Proclamation Royale de 1763, l'Acte de Québec a garanti la loyauté du clergé et de l'aristocratie française pendant la Guerre d'indépendance américaine.

Suite aux guerres du XVllle siècle, la colonie française vit ses effectifs militaires grimper à 60 000 hommes ce qui a enorgueilli la population française. L'expansion de la province sous l'Acte de Québec a saisi une grande partie du territoire indien et l'a déclaré sous la juridiction de la Couronne. Suite à la guerre de l'indépendance américaine, quelque 40 000 loyalistes ont fui les anciennes colonies britanniques pour venir s'installer au Canada où ils ont occupé une partie du territoire des Indigènes (plus particulièrement celui des Haudenosaunee). Les autorités coloniales britanniques ont fait des pieds et des mains pour acquérir des terres tout en calmant les toujours importants indiens géo militaires.[31]

Pendant que les colonialistes s'occupaient à consolider l'administration de "l'Amérique du Nord Britannique", les voyages de reconnaissance dans le nord-ouest du Pacifque s'intensifiaient.

Tout commença en 1774, alors que les premiers colonisateurs connus dans la région de la Colombie-Britannique sont arrivés à bord du navire espagnol Santiago. Quatre ans plus tard, une expédition menée par James Cook atteignit la région. Cette expédition conduira à l'installation de grands comptoirs d'échange de fourrures profitables. La domination du commerce des fourrures durera jusqu'en 1854 alors que les colonies Européens ont commencé à accroître rapidement, tout comme l'industrie minière et du bois. Les Britanniques ont restreint leurs opérations militaires suite à la domination du commerce des fourrures, plus tôt, qui était en fonction de la collaboration des indigènes. Néanmoins, des conflits ont tout de même éclaté, d'abord contre la déprédation britannique. Avec plus de navire fréquentant la région, les combats se sont répandus. On attaqua des vaisseaux coloniaux et on bombarda des villages indigènes.

Même avant la colonisation européenne en Colombie-Britannique, l'impact du commerce était désastreux. Par exemple, de 1835, lors du premier recensement de la nation Kwakwaka-wakw, à 1885, il y eut une réduction de cette population de l'ordre de 70-90%. De 10700 qu'ils étaient, ils sont passés à 3000 [32]. De façon bien familière, avec l'invasion des commerçants européens se sont aussi amené les maladies épidémiques aussitôt que dans les années 1780 et 1790. En 1836, une épidémie de variole a frappé la côte nord et la traite des fourrures fut << réduite pendant tout l'hiver et au cours du printemps suivant >>[33]. Suite à l'invasion de chercheurs d'or dans la région en 1858, une des épidémies les plus dévastatrices frappa durement en 1862. Elle tua au moins 20 000 Indiens [34].

Pendant ce temps, en Amérique du Nord Britannique, l'importance géomilitaire des Premières Nations fut rapidement effacée. Grâce à la vague d'immigration des loyalistes après la guerre de l'indépendance américaine, la population européenne a grimpé et elle s'est regroupée stratégiquement en garnisons dans des régions militaires clés. Des conflits contre les États-Unis étaient à venir. Tout comme l'augmentation de la population européenne dans la région, la Guerre de 1812 et la décision américaine de repousser les indigènes de la frontière nord ont contribué à briser des confédérations et diminuer grandement la puissance des Premières Nations dans la région. Suite à ces événements, les politiques coloniales britanniques sont passées de la formation d'alliances militaires à un niveau plus élevé de colonisation à travers des politiques de diminution du pouvoir des Premières Nations. La christianisation et l'européanisation générale des indigènes consistaient en une politique officielle. Dès 1850, on se dota d'un instrument dans le but de parvenir à cette fin: << L'Acte de Civilisation Graduelle de 1857 >>.

<< L'Acte était basé sur l'hypothèse que la civilisation complète des tribus ne pourra s'accomplir seulement que lorsque les Indiens seront en contact avec des biens de propriété individuelle... Tout Indien... qui aura été choisi par un comité spécial d'examen pour être formé à la civilisation, sans dettes et possédant un bon caractère moral pourra, s'il en fait la demande, se voir accorder 20 hectares de terres... >>[35].
Ici, la civilisation des tribus doit être vue comme une élimination des bases de la culture indigène et, par rebond, des Premières Nations en tant que nations. Les vingt hectares sont pris directement sur le territoire déjà réservé aux indiens, ce qui aura pour effet de détruire la pratique indigène dans laquelle les terres sont de propriété collective et communautaire et de la remplacer par des parties de terre en propriété individuelle. Du côté des colonisateurs, le but à long terme était d'éliminer complètement les nations indigènes pour ne laisser que des individus dispersés, livrés à l'acculturation et à l'assimilation par les sociétés européennes. Les dimensions patriarcales de l'assimilation forcée était très claires: seul les hommes se sont vu accorder le droit de vote [36]. Une Commission d'Enquête recommandera plus tard que les terres accordées aux indigènes ne dépassent pas 25 âcres par familles et que les organisations indigènes soient remplacées graduellement par une forme de gouvernement municipal.

Au même moment, on développa de nouvelles méthodes afin d'acquérir du territoire. Le tout débuta en 1850 pour se continuer jusqu'au XXe siècle. On "négocia" une série de traités dans lesquels les indigènes cédèrent d'immense lots de terres en échange de réserves et du droit à la chasse, à la pêche, à l'éducation et aux soins médicaux et aux paiements de rentes. Les premiers traités de ce genre furent les Traités de Robinson qui seront renégociés plus tard sous les noms de Traités numéro 1 et numéro 2.

<< La relation entre le besoin immédiat pour l'expansion impérialiste interne et les traités est remarquable. Le premier de ces traités, selon les écrit d'un historien du XIXe siècle, était recherché en raison de la découverte de minerais sur les rives des lacs Huron et Supérieur. Les traités sur les prairies ont été obtenus juste avant l'implantation de fermes agricoles et le traité qui incluait une partie des Territoires du Nord-Ouest fut négocié immédiatement après la découverte de pétrole dans la vallée de Mackenzie >>[37].
Les colonisateurs savaient, de leur côté, ce qu'ils voulaient en négociant ces traités. D'un autre côté, les indigènes n'étaient pas préparés à la duplicité et au déshonneur des promoteurs de traités. Lorsqu'un comité s'est rendu dans les Territoire du Nord-Ouest afin d'enquêter sur le non-respect des clauses des Traités 8 et 11, ils ont trouvé que
<< lors de plusieurs assemblées, les Indiens qui ont déclaré être présent lors de la signature des traités ont signifié qu'ils ne se souvenaient pas avoir entendu un mot à propos des droits sur les terres dans les traités. Ils ont expliqué que de mauvais interprètes ont été désignés et que leurs chefs ont signé sans même savoir ce que contenaient les traités >>[38].
Les traités constituaient un aspect important du plan d'expansion du Canada vers l'ouest et du développement économique basé sur l'extraction des ressources naturelles et sur l'agriculture. En fait, la Confédération du Canada dans l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique de 1867 visait premièrement à consolider les provinces de l'est déjà existantes et à faciliter l'expansion vers l'ouest. Les premiers instruments de l'expansion furent le chemin de fer transcanadien, les lignes télégraphiques et les routes. L'expansion n'était pas seulement une nécessité économique, mais aussi une urgence politique puisque les États-Unis s'étendaient également vers l'ouest.

L'invasion des Grandes Prairies ne s'est pas effectuée sans combats. La résistance la plus significative à cette époque fut celle des Métis, descendants des colons français et écossais et des Cris, où se trouve aujourd'hui le Manitoba. La Rébellion de la Rivière Rouge, aussi connue sous le nom de Première Rébellion de Riel après Louis Riel, un chef métis, éclata suite à l'avènement de plusieurs colons euro-canadiens et à l'achat du territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson par le gouvernement du Canada. La rébellion était dirigée contre l'annexion du territoire contre le gré des Métis qui s'élevaient à 10 000 personnes dans la région. Une force de 400 Métis armés se sont emparé d'une petite garnison et ont exigé des droits démocratiques pour les Métis dans la Confédération. L'année suivante, l'Acte du Manitoba a fait de ce territoire, une province. Toutefois, quinze ans plus tard, en 1885, les Métis, accompagnés de centaines de guerriers cris, dirigés par les Chefs Big Bear et Opetecahanawaywin, étaient une fois de plus engagés dans une résistance armée contre la colonisation. Pendant près de quatre mois, la résistance est restée debout face aux milliers de soldats du gouvernement qui, contrairement à 1870, étaient transportés rapidement et en masse via la nouvelle ligne de chemin de fer du Canadien Pacifque. Après quelques batailles, les Métis et les guerriers cris furent défaits. Les guérilleros métis et cris furent emprisonnés, tués au combat ou exécutés. Un autre chef métis, Gabriel Dumont, a fui vers les États-Unis.

La résistance des Métis et des Cris de 1885 fut le chapitre final de la résistance armée au XIXe siècle. Toutefois, l'utilisation de la force militaire afin de maîtriser les indigènes a violé l'Acte sur les Indiens de 1876 qui fut une confirmation et une augmentation par rapport aux législations précédantes concernant les indigènes. Cet Acte, avec de futurs ajouts et des changements, demeure aujourd'hui à la base de la législation sur les indigènes au Canada.

L'Acte sur les Indiens donna au gouvernement fédéral, à travers son département des Affaires Indiennes, le plein contrôle sur les affaires économiques, sociales et politiques des communautés indigènes. Bien plus qu'un simple instrument législatif d'administration des "Affaires Indiennes", l'Acte sur les Indiens était et est une attaque sur le fondement des Premières Nations en tant que nations. En plus de la chasse et de la pêche restrictive et de la criminalisation des moyens de subsistance économique indépendants (en 1881, l'Acte a rendu illégal pour les Indigènes de vendre, de troquer ou de faire le trafic du poisson), l'Acte a aussi défini qui était et qui n'était pas un Indien. L'Acte a retiré le statut d'Indien aux femmes indigènes qui mariaient des non-Indigènes et a criminalisé des aspects vitaux de l'organisation et de la culture indigène tels que le potlatch, la danse-du-soleil, et les pow-wow. Tout ce qui constituait les bases politiques, sociales et économiques des Premières Nations était interdit. Leur culture fut attaquée parce qu'elle opposait la dernière barrière de résistance face à la colonisation européenne. Dans l'entourage de l'organisation politique,

<< L'Acte sur les Indiens (de 1800) a créé une nouvelle aile de service public qui fut appelé le Département des Affaires Indiennes. L'Acte a, encore une fois, donné le pouvoir au gouverneur général d'imposer un système électoral de conseil de bande... De plus, cette nouvelle législation a permis au gouverneur général de priver les chefs traditionnels de reconnaissance en stipulant que les seuls porte-parole de la tribu devaient être élus selon les dispositions prévues... dans l'Acte sur les Indiens >>[39].
En 1894, des amendements à l'Acte ont forcé la relocalisation des enfants indigènes vers les pensionnats qui étaient vus supérieurs aux écoles sur les réserves parce qu'ils retiraient les enfants de l'influence indigène. Des enfants isolés et sous un contrôle européen total étaient plus faciles à assimiler. Les langues indigènes étaient interdites. Toutes les coutumes, les valeurs, les traditions religieuses et même l'habillement ont été remplacés par les éléments européens. Les abus sexuels et physiques étaient fréquents dans ces écoles et leurs effets furent tout particulièrement dévastateurs et efficaces en ce qui à trait à l'acculturation de générations d'indigènes.

L'Acte sur les Indiens fait partie de la foulée des législations ayant pour but à long terme l'assimilation des Indigènes christianisés en retirant graduellement tout "statut spécial" aux Indigènes et en éliminant les réserves et les droits acquis lors de traités. Toutes ces opérations feraient de l'exploitation complète du territoire une simple tâche. Une stratégie pour contenir et réprimer les Indigènes qui ne se sont pas assimilés et qui furent ainsi un obstacle à la pleine expansion du Canada, l'Acte sur les Indiens a aussi refusé le droit de vote aux Indigènes et a implanté un système de passe semblable, sinon le précurseur, au Pass Laws dans les Bantoustans d'Afrique du Sud (notez que les peuples asiatiques se sont également vu refuser le droit de vote et furent la cible de furieuses campagnes racistes en Colombie-Britannique de la part du gouvernement et du mouvement pour la main-d'oeuvre; les Indigènes et les Asiatiques ont dû patienter jusqu'en 1950 avant de pouvoir jouir de cet "illustre" droit).

EXTERMINATION - ASSIMILATION: DEUX MÉTHODES, UN SEUL OBJECTIF

Au début des années 1900, la population indigène en Amérique du Nord a atteint son plus bas niveau. Aux États-Unis seulement, cette population a décliné à 250 000. Tout comme au Canada, les Indigènes ont été confinés dans des réserves désolées et ensuite le processus d'assimilation débuta sous la gouverne du Bureau des Affaires Indiennes, une agence gouvernementale. Ici aussi, les pensionnats, la criminalisation de la culture indigène et le contrôle du système économique et politique des Indigènes étaient les moyens employés. Les Indigènes, tout comme ceux du Canada, étaient perçus comme des obstacles à détruire sur le chemin du profit.

Dans les deux pays, la résistance à l'assimilation s'est poursuivie sous toute sorte de forme. Les potlatchs et les danses-du-soleil étaient clandestinement perpétrés et on s'opposait à l'élection d'un conseil de bande. Aussi, les Indigènes ont commencé la formation d'organisations contre les politiques gouvernementales. En 1912, la Fraternité des Indigènes de l'Alaska vit le jour, formée par les Tlingites et les Tsimshians à Sikta. Au cours de la même année, la Pétition sur les demandes territoriales des Nishgas fut remise au gouvernement canadien. Elle concernait la reconnaissance des titres aborigènes puisqu'aucun traité ne fut signé avec les Premières Nations de Colombie-Britannique, à l'exception d'une petite partie du nord-est de la Colombie-Britannique qui faisait partie du Traité numéro 8 et de quelques traités mineurs sur l'île de Vancouver. Malgré tout, les Indigènes de la Colombie-Britannique se sont vu dépossédés de leur territoire et assujettis aux dispositions de l'Acte sur les Indiens. En 1916, les Nishgas se sont joints aux Salishs pour former une autre organisation inter-tribale, la Coalition des Tribus de la Colombie-Britannique. Des fonds furent amassés, des rencontres, organisées et des pétitions, envoyées à Ottawa. En 1927, un comité paritaire formé du Sénat et de la Chambre des Communes a découvert que les Indigènes << n'avaient déposé aucune demande d'acquisition des terres de la Colombie Britannique basée sur des titres aborigènes ou autres >>[40]. La même année, l'article 141 fut ajouté à l'Acte sur les Indiens. Cet article interdisait d'organiser des levées de fonds, de poursuivre en justice les demandes d'acquisition de terres, d'avoir recours aux avocats.

Pendant que les nations européennes se dirigent tout droit vers les deux guerres mondiales pour l'hégémonie, l'instabilité politique et la déprédation économique sont devenues les caractéristiques générales en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Les régimes militaires soutenus par l'impérialisme américain et britannique ont appliqué des politiques génocides et de sévères répressions face aux Indigènes. Tout comme en Amérique du Nord, les Indigènes étaient confinés dans des réserves désolées où l'état ou les missionnaires exerçaient le contrôle sur les systèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Toutefois, contrairement à la colonisation de l'Amérique du Nord où les Indigènes étaient considérés hors du contexte de l'expansion économique, les Indiens de l'Amérique Centrale et du Sud sont demeurés une source substantielle de main d'oeuvre exploitée. Les énormes investissements sous forme de prêts des centres impérialistes ont mis l'accent premier sur l'exportation des ressources primaires. Le "boom du